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Le phénomène

Quant au général Wolfe, son décès au moment même de la victoire capturera l'imagination du peuple britannique et insufflera aux écrivains, aux poètes, aux chanteurs, aux sculpteurs et aux peintres le désir d'immortaliser leur triste héros. La représentation de la mort de Wolfe deviendra ainsi le thème artistique par excellence de la fin du 18e siècle.
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George Romney (1734-1802)
La tête de James Wolfe (étude pour La mort du général Wolfe), vers 1763
huile sur toile
Collection Webster Canadiana, W1842




Richard Houston (1721-1775) d'après Edward Penny
La mort du général Wolfe le 13 septembre 1759, à Québec, 1772
mezzotinte sur papier vergé
Collection Webster Canadiana, W1988

Artiste inconnu, d'après Benjamin West (1738-1820)
La mort du général Wolfe, 18e siècle ?
huile sur toile
Collection Webster Canadiana, W5232

Artiste inconnu, d'après Benjamin West (1738-1820)
La mort de James Wolfe, 18e siècle
huile sur métal (fer)
Collection Webster Canadiana, W6804

William Woollett (1735-1785), d'après Benjamin West (1738-1820)
La mort du général Wolfe, 1776
gravure sur papier vergé
Publiée par Woollett, Boydell & Ryland, Londres
Collection Webster Canadiana, W1995

James Gillray (1757-1815)
La mort du grand Wolf, 1795
eau-forte et gravure sur papier vélin
Collection Webster Canadiana, W2026

Cruche, britannique, vers 1778
Josiah Wedgwood & Sons Ltd.
Adaptation de la gravure de William Wollett,
La mort du général Wolfe d'après Benjamin West
Faïence fine à décor imprimé noir
Collection Webster Canadiana, W2024a


Sceau avec gravure en creux illustrant La mort du général Wolfe, fin du 18e siècle
Artiste inconnu, d'après Benjamin West (1738-1820)
cornaline et or
Collection Webster Canadiana, W5231

 
GEORGE ROMNEY
Anglais (Dalton-in-Furness, Lancashire 1734-1802 Kendal, Westmoreland)


En 1762, George Romney quitte Kendal pour s'installer à Londres. Comme bon nombre de jeunes artistes, il est déterminé à se faire connaître dans la capitale. À l’occasion de l’exposition de la Society of Artists tenue en 1763, il expose La mort du général Wolfe, le premier tableau connu sur le sujet. La toile de Romney est applaudie, primée et achetée. Le banquier qui en fait l’acquisition l’envoie en guise de cadeau au gouverneur du Bengale, à Calcutta, en Inde. L’œuvre ayant disparue très rapidement après l’exposition, elle n’a jamais été reproduite et est maintenant perdue. On ne peut que conjecturer son apparence d’après ses descriptions contemporaines, cette étude préparatoire de Wolfe et deux autres esquisses à l’huile attribuées à Romney.


EDWARD PENNY
Anglais (Knutsford, Cheshire 1714-1791 Chiswick)


En 1764, Edward Penny, peintre narratif de renom, présente à la Société des artistes sa Mort du général Wolfe, réalisée en 1763 (Musée Ashmolean, Oxford). Il en peint aussi une version plus petite et légèrement modifiée (Petworth House, Sussex) qui a servi de modèle pour cette gravure par Richard Houston. Dans ces deux compositions, Edward Penny représente avec exactitude la scène du décès telle qu'elle a été rapportée à l'époque, sans toutefois leur conférer un caractère grandiose. De petite taille, les tableaux n'ont pas l’aspect monumental de celui de Romney et des versions ultérieures. La gravure de Houston, publiée par Robert Sayer, s’est très bien vendue et doit avoir influencé Benjamin West, qui lui empruntera la figure du messager qui court en direction de Wolfe tout en agitant son chapeau.


BENJAMIN WEST
Américain (Springfield, Pa. 1738-1820 Londres)


Né à Springfield, en Pennsylvanie, Benjamin West, vit en Amérique au moment où la Bataille des plaines d'Abraham fait rage. Lorsqu'il s'installe définitivement à Londres, en 1763, il apporte un regard d’étranger à sa brillante carrière d'artiste en Angleterre. En 1771, il présente son tableau de La mort du général Wolfe, réalisé en 1770 (Musée des beaux-arts du Canada), à l'exposition annuelle de l'Académie royale.

La composition est une idéalisation de l'événement truffée de personnages absents à l’époque. Le tableau de Benjamin West donnera lieu à d'innombrables débats sur la licence artistique dont le peintre a fait preuve en illustrant la scène et le décorum entourant le traitement d'un événement contemporain. En représentant Wolfe vêtu d’un uniforme moderne, West transgresse la règle voulant qu’il faille peindre de « manière grandiose » en représentant le héro nu ou en tenue classique afin de l’élever au-delà de son rang de simple mortel. Ces éléments de débat n’amoindrissent toutefois pas la popularité de l’œuvre, laquelle, en bout de ligne, deviendra l’un des tableaux britanniques les plus célèbres de toute l’histoire. Sa renommée est telle que Benjamin West en peint au moins cinq répliques. Il existe aussi quantité de copies par d'autres artistes comme les deux présentées dans cette exposition.

William Woollett (1735-1785)
En 1776, l'année même où James Barry expose son tableau, William Woollett, John Boydell et William Wynne Ryland publient une gravure d'après le tableau de West. C'est en majeure partie grâce à cette gravure que la représentation de la mort de Wolfe deviendra l'œuvre d'art la plus connue du 18e siècle. La gravure est à ce point populaire dans son pays d'origine et à l'étranger qu'elle permet à l'éditeur, au graveur et au peintre d'accumuler d'importants profits. Vendues en Angleterre, en France, en Allemagne et en Amérique, la gravure et ses innombrables copies ont conféré à Wolfe une notoriété internationale en tant que héro légendaire.

James Gillray (1757-1815)
L'iconographie de la fin héroïque et glorieuse du général Wolfe sera reprise par les caricaturistes afin de ridiculiser les politiciens de l'époque. Ici, James Gillray, considéré le meilleur caricaturiste de son temps, parodie adroitement la composition de West afin de se moquer du Premier ministre William Pitt, dit « Le jeune » (1759-1806). Dans la pose du noble Wolfe, l'ignoble Pitt est entouré de copains et de membres de son gouvernement tournés en dérision à la suite du passage de deux lois très restrictives.

Cruche, britannique, vers 1778
La fierté nationale britannique en son vaillant héros en appelle de représentations de sa mort très répandues. Dans les demeures du pays, la présence de vaissellerie comme cette cruche permet de commémorer l'évènement jour après jour. Wedgwood est l'une des nombreuses entreprises qui utilisera des répliques de l'œuvre de West sur ses ustensiles ménagers. C'est la gravure de William Woollett, ou une des nombreuses copies de celle-ci, qui a servi à la reproduction figurant sur ces articles, et non pas la peinture en elle-même.

La gravure sur gemmes est une ancienne forme d'art qui connaît une forte résurgence au 18e siècle. À la seconde moitié du siècle, on ajoute aux sujets traditionnels classiques les détails de tableaux populaires. Le choix de La mort du général Wolfe de West pour un objet aussi intime et personnel qu'un sceau indique sans nul doute l'attrait particulier qu'exerçait ce thème. Bien que le sceau ne soit pas signé, il se peut fort bien qu'il ait été taillé à Londres, le plus important centre de gravure sur bijoux après Rome à cette époque. La cornaline était l'une des pierres les plus communément utilisées. Curieusement, la gravure sur le sceau n’est pas inversée, contrairement aux travaux de l’époque pouvant être appréciés à l’endroit à l’impression.



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